fillette asiatique de 7 ans présente son dessin, inspiré par la créativité et le droit à l'erreur d'Emily Gravett
Livres jeunesse

Emily Gravett : quand une incroyable créativité naît du chaos


Bienvenue dans cette nouvelle série consacrée à la littérature jeunesse!
Vous y découvrirez des albums coup de cœur, mais surtout des idées concrètes pour accompagner votre enfant dans ses apprentissages, aborder certains comportements et susciter de belles discussions en famille.

ESCALE PARENT

Les plus belles idées naissaient parfois du désordre, des essais et des erreurs! Entrez dans l’univers drôle et follement créatif d’Emily Gravett et découvrez 6 de ses merveilleux livres.

Il regarde sa feuille blanche depuis cinq minutes. Il aimerait dessiner, mais ne sait pas par où commencer. Il trace une ligne, l’efface aussitôt, puis finit par annoncer qu’il n’est « pas bon en dessin ». Sa sœur, elle, refuse d’essayer une nouvelle activité, car elle craint de ne pas être bonne. Elle imagine les autres meilleures qu’elle. À l’école, elle fige lorsque c’est le temps d’écrire une histoire.

Vous voyez vos enfants en eux ?

Certains débordent d’idées, mais se retrouvent paralysés au moment de passer à l’action. Ils craignent les gribouillis et les essais imparfaits. Pourtant, c’est souvent dans ce joyeux désordre que naissent les plus belles idées. L’univers d’Emily Gravett en est une merveilleuse démonstration. Les anecdotes qui suivent raviront votre famille tout en vous offrant de belles pistes pour encourager votre enfant à oser.

Vous tomberez sous le charme de ses albums. Je vous les présente un peu plus loin.

Quand les idées refusent de suivre un plan

Emily Gravett est une autrice et illustratrice britannique que j’adore pour son humour, bien sûr, mais aussi pour cette façon qu’elle a de rendre ses personnages imparfaits si attachants. Je ne me lasse pas non plus de ses illustrations détaillées qui donnent envie de s’y attarder et de sa créativité tellement contagieuse.

Devant ses albums si brillamment construits, on pourrait croire que tout commence par une idée claire et un plan parfait. Il semble que non.

Malgré son succès, Emily Gravett raconte encore avancer de façon chaotique. Après chaque livre, elle peut traverser une période de blocage et douter de sa capacité à trouver une nouvelle idée et pourtant, elle garde confiance et nous revient à chaque fois avec une histoire des plus emballantes.

Un chemin rempli de détours

Son parcours n’a d’ailleurs rien d’une ligne droite. Emily Gravett a quitté l’école à 16 ans, puis a vécu plusieurs années sur la route, notamment dans une caravane et un autobus. Ce n’est qu’après la naissance de sa fille qu’elle est retournée étudier l’illustration.

Son premier album, Les Loups, était un projet universitaire réalisé en six semaines. Elle pensait simplement créer une pièce pour son portfolio. Le projet a pourtant remporté le prix Macmillan, puis la prestigieuse médaille Kate Greenaway. Et comme si ce n’était pas déjà assez impressionnant, deux de ses projets étudiants avaient obtenu la première et la deuxième place du concours! (The Soho Agency)

Son expérience m’inspire beaucoup! Comme quoi les détours ne sont pas forcément du temps perdu et que l’on peut trouver sa voie après avoir emprunté quelques chemins de traverse.

Des rats, du yogourt et une idée géniale

S’il fallait une seule anecdote pour résumer sa manière de créer, ce serait peut-être celle-ci.

Pour donner l’impression que Le Grand Livre des peurs avait réellement été grignoté par une souris, Emily Gravett a enduit du papier de yogourt avant de le placer dans la cage de ses rats. Elle a ensuite numérisé les traces laissées par ses petits collaborateurs.

Oui, de vrais rats ont participé à la création du livre!

Emily Gravett mélange dessin, aquarelle, collage, découpes et objets numérisés. Chez elle, le livre refuse de rester bien sage : la couverture, les fausses publicités et même les trous dans le papier peuvent faire avancer l’histoire. Le texte raconte une chose pendant que l’image en chuchote parfois une autre. Voilà pourquoi ses albums gagnent à être observés autant qu’ils sont lus.

Caméléon bleu : quand on essaie trop fort de ressembler aux autres

Dans Caméléon bleu, un caméléon solitaire change de couleur, de motif et même de forme afin de ressembler à tout ce qu’il rencontre. Rien ne fonctionne vraiment.

Avec les plus jeunes, on peut nommer les couleurs, les formes et les motifs. Mais l’album raconte surtout le besoin d’appartenance, la tentation de se transformer pour être accepté et le bonheur de rencontrer quelqu’un auprès de qui l’on peut rester soi-même.

Avec peu de mots, elle raconte énormément.

Des livres pour oser être soi-même

Ce thème fait joliment écho à son livre Ringard, dans lequel un chien tente de suivre toutes les modes avant d’assumer ce qu’il est vraiment. Je l’ai présenté, avec 10 chiens, dans mon top 10 des albums jeunesse mettant en vedette des chiens. Suivez le lien pour de nouvelles idées de lecture.

Sortilèges : le droit de lire n’importe quoi!

Dans Sortilèges, un petit crapaud rêve de devenir un prince charmant, mais son livre de magie est déchiré en deux. Les pages se tournent séparément : on peut donc changer le haut ou le bas de l’image pour créer un lapin, un carlin, un sapin, un prince, un singe… et toutes sortes de créatures franchement improbables.

Et c’est ici que mon ancienne fibre d’enseignante ne peut pas s’empêcher de refaire surface!

Lorsque les combinaisons forment des mots inventés comme tapin, prapin, terpent, l’enfant ne peut pas simplement reconnaître un mot qu’il connaît déjà. Il doit décoder chaque syllabe, s’attarder aux sons, les assembler… Fous rire garantis ! En soi, ce peut être un exercice de lecture sans même qu’il s’en rende compte.

Quelle beau contexte pour démontrer qu’on peut essayer, se tromper, recommencer et surtout s’amuser avec les mots.

Une série qui vaut le détour

J’ai découvert Superflu un matin sur ma terrasse. Et lorsque j’ai réalisé qu’Emily avait écrit deux autres histoires mettant en scène les mêmes personnages, je me suis précipitée à la bibliothèque! À travers leurs aventures, les héros de cette série célèbrent avec beaucoup d’esprit la richesse — et la fragilité — du monde vivant. Ça m’a particulièrement plu.

Emily Gravett reconnaît posséder trop de choses et voir le désordre revenir après chaque tentative de désencombrement. Cette confession a contribué à la naissance de Superflu, et je soupçonne qu’elle fera sourire plusieurs parents!

Dans cette histoire, deux pies préparent leur nid, puis ajoutent une petite chose, et une autre, et encore une autre … jusqu’à ce que leur maison déborde d’objets dont leurs bébés n’auront absolument aucun besoin! Inutile de préciser que tout finit par s’effondrer, révélant que leur accumulation menaçait justement ce qu’elles cherchaient à protéger.

Quand l’humour ouvre la porte aux réflexions écologiques

Superflu nous amène à aborder la différence entre un besoin et une envie, à la surconsommation et à la deuxième vie des objets. C’est un sujet qui rejoint beaucoup mon âme écolo. Les pages de garde prennent même la forme d’un magazine rempli de publicités absurdes et de clins d’œil aux adultes.

Présentation de l'album jeunesse d'Emily Gravett Le Grand BaZZZar

Dans les deux autres de la série… nos héros veulent un peu trop bien faire !

Superflu se déroule dans la même forêt que Le Grand Ménage et Le Grand BaZZZar. Dans le premier, Benoît le blaireau aime tellement l’ordre qu’il finit par faire disparaître tout ce qui rendait sa forêt vivante. Dans le second, les animaux capturent tous les insectes qui dérangent leur goûter… avant de découvrir que ces petites bêtes mal aimées jouent un rôle essentiel dans la nature.

C’est d’ailleurs en dessinant les insectes du Grand BaZZZar avec précision, qu’Emily Gravett a commencé à les trouver beaux. Elle explique qu’elle ne les tue plus et que, malgré une ancienne peur des guêpes, elle leur laisse maintenant de l’eau sucrée en automne. Comme quoi regarder de plus près peut véritablement changer notre façon de voir. (Entrevue de 2025)

Présentation de l'album jeunesse d'Emily Gravett Le Grand ménage

En somme, une série de trois albums jeunesse aussi drôle qu’inspirante. On s’attache à des personnages imparfaits qui se trompent, découvrent les conséquences de leurs gestes et tentent de réparer leurs erreurs. Voilà un modèle particulièrement précieux à présenter aux enfants.

Oser commencer sans connaître la suite

Un nouvel album, Don’t Feed the Troll, paraîtra en anglais le 1er octobre 2026. Un minuscule troll y provoque les personnages des contes de fées et grossit chaque fois qu’on lui donne la réaction qu’il recherche. Aucune version française n’est encore annoncée, mais je l’attends déjà avec impatience. Vous pouvez en voir un aperçu sur le site de l’éditeur ou sur Instagram.

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